L’histoire du découpage dans le monde et en Suisse

Le découpage se pratique depuis des millénaires en Chine; les artisans découpeurs s’inspiraient alors de sujets mythologiques qu’ils reproduisaient dans la soie. Le théâtre indonésien – aujourd’hui encore joué avec des figurines découpées - trouve ses sources dans l’Inde antique d’il y a environ 2000 ans.

Quant à l’origine du découpage en Europe, elle viendrait d'Egypte où, à partir du VIIème siècle, on décorait les couvertures de livres de motifs découpés dans du cuir. Cette pratique gagna la Perse d’abord, puis la Turquie; et c’est dès le XVème siècle que l’on trouve, à Venise, ce type de reliure « découpée ».

Mais le véritable engouement pour les œuvres découpées se manifeste dès le XVIème siècle; on décore alors des pages intérieures d’ouvrages religieux, en travaillant des matériaux de plus en plus fins et fragiles, comme le parchemin, le vélin, et enfin le papier. Les textes, les scènes, les symboles bibliques et les fioritures sont découpés en positif ou en négatif; parfois on ajoute de la couleur ou de la dorure, et l’on colle ces « découpures » sur des tissus ou des fonds colorés. A cette époque, on travaille essentiellement avec le canivet, petit couteau à forme lancéolée.

Parallèlement à ce type de décoration qui demande beaucoup d’habileté, on se met à découper également des animaux, des paysages et des profils; c’est le découpage dit « en silhouette ».

En Suisse, c’est en 1775 que le prêtre zürichois Lavater publie un traité sur la technique du dessin de silhouettes. A la même période, Voltaire a été très habilement portraité par son ami genevois Jean Hubert (1721–1786).

Bientôt se créent des écoles de découpage, dans lesquelles on apprend à représenter des scènes romantiques, souvent d’une finesse remarquable !

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème, la mode du découpage atteint aussi, petit à petit, les régions reculées de la Haute Gruyère et du Simmental; les découpages retrouvés nous laissent aisément imaginer que l’on occupait ainsi son temps pendant les longues et froides soirées hivernales…

Au fil du temps, des découpeurs suisses se sont ainsi illustrés par la finesse, l’originalité et la minutie de leur travail.

Johann-Jakob Hauswirth (1809–1871), de Saanen, fût un des premiers découpeurs reconnus pour la valeur exceptionnelle de ses œuvres. Les riches étrangers qui venaient en vacances dans la région du Pays d’Enhaut commencèrent alors à s’intéresser à ses œuvres qu’ils souhaitaient acquérir et ramener dans leur pays.
Les tableaux de Hauswirth sont remarquablement équilibrés et vivants; son amour des animaux et des humains est fort bien représenté, et ses bouquets de fleurs sont somptueux ! Pour réaliser ses ouvrages tout de finesse et d’élégance, Hauswirth amassait tous les jolis papiers qu’il trouvait ou qu’on lui donnait, y compris les papiers des bonbons de mariage ! Aujourd’hui encore, ses découpages nous font vivre beaucoup d’émotions, car il a su transmettre un langage universel et intemporel.

Par la suite, inspirés par le travail d’Hauswirth, d’autres découpeurs suisses sont devenus célèbres pour la richesse et la diversité de leurs tableaux, évocateurs des travaux de la montagne à travers les saisons; citons, notamment, Louis David Saugy (1871-1953), véritable chroniqueur du Pays d’Enhaut !

Christian Schwizguebel (1914-1994), instituteur, était passionné par le dessin. Enfant déjà, il réalisait des montées à l’alpage et des scènes montagnardes. Ses travaux, proches de la vie et des gens qui l’entourent, ont fait que sa renommé de découpeur grandît rapidement et qu’il put bientôt vivre de son art.

Aujourd’hui, des découpeurs suisses comme Anne Rosat, Ernst Oppliger, David Regez ou Jean-Pierre Ramel connaissent un succès international depuis plusieurs années et font que, plus que jamais, l’art du découpage reste vivant et attire un public de plus en plus intéressé et connaisseur !

 

last update on 26.02.2007 by webmaster